Forward de Racoline
Bonjour la petite famille,
L'ambassade a été restauré juste avant que je n'arrive, j'ai pu
récupérer des photos de cette noble dame avant et qu'elle ne soit parée
de cette horrible couleur saumonnée, dont le choix fut arrêté par notre
très cher ambassadeur. Il aurait sans doute mieux valu que sa femme s'en
mêle, mais bon... Quoique, sur les photos, la façade est plutôt jaune,
en réalité elle est bien moins lumineuse. Les autres photos donnent un
parçu de l'avancée des travaux, et du résultat. Comme vous pouvez le
constater, nous n'avons rien à envier à l'architecture sénégalaise..
Ce WE nous sommes partis voir ce fameux lac rose, je vous enverrai les
photos que mes petits camarades aux appareils numériques ont pris. Vous
constaterez par vous-même qu'il n'est pas vraiment rose, sa réputation
est largement due aux "kolos-kolos" (enquiquineurs professionnels en
wolof) en mal de touristes à se mettre sous la dent. Ue traversée en
pirogue nous a permis de profiter des explications loufoques d'un guide
: selon lui, la couleur particulière du lac a une origine mystique, que
tous les scientifiques du monde se révèlent impuissants à expliquer, car
il s'agit d'un don du ciel... En réalité, elle est simplement due aux
espèces d'algues qui habitents ses fonds depuis la fin des années 70. Il
arrive parfois que l'eau soit vraiment très rose, mais cet événement
insolite est conditionné à des conditions météorologiques strictes (ciel
parfaitement bleu, un peu de vent mais pas trop, etc.). Sa densité
saline est telle qu'il est impossible de s'y baigner plus de 15 minutes.
Les personnes qui extraient l'or blanc du lac afin de le vendre
s'enduisent de beurre de karité pour protéger leur peau. Le lac est
séparé de l'océan par des dunes de sable donnant un bon aperçu des
paysages désertiques que nous allons traverser cette prochaine fin de
semaine, et qui se situe bien plus au nord de Dakar. Un VI, François, a
déjà sillonné un pan du désert mauritanien, et tant ses photos que sa
narration du périple sont enthousiasmants.
Mon tour des postes consulaires s'est achevé hier, et j'en ai profité
pour aviser le consul adjoint de mon désir d'effectuer une mission
auprès du service des visas. Une personne travaille sur le traitement du
droit au regroupement familial des étrangers auxquels l'Etat français a
reconnu la qualité de réfugié. Il me serait demandé d’assister à la
réception des membres des familles de réfugiés les mardi et jeudi
matins, puis de contribuer au traitement de leur dossier sous la
responsabilité du chef de service.
Cette possibilité représente pour moi l’opportunité de m’immerger dans
le droit des réfugiés, et plus largement dans la politique d’immigration
telle qu’elle est actuellement menée par l’Hexagone. Mieux saisir le
droit des étrangers, la façon dont il est effectivement appliqué et ses
conséquences directes constituent un travail qui m’intéresse au plus au
point, et qui peut également s’avérer être source cruciale de réflexions
pour approcher le concours de l'OFPRA de manière plus avertie. D'autant
que nos interlocuteurs directs sont les officiers de l'OFPRA et parfois
le ministère de l'Intérieur (à propos des fraudes).
Le consul adjoint (mon référent jusqu'au retour de la Consule, en congé
jusqu'à la fin de la semaine) s'est montré favorable à cette initative,
parce qu'il est supposé plancher sur une réforme globale des mesures
communautaires à adopter pour optimiser l'harmonisation des législations
des Etats membres (et en particulier celle des Etats Schengen). J'ai pu
commencer ce matin à traiter des dossiers au service des visas, et cet
après-midi j'ai rendez-vous avec lui pour récupérer un dossier
"confidentiel" (on m'a informé de mon obligation de réserve avec toutes
les formes d'usage, c'était très pompeux). Bref je suis ravie, même si
je réalise à quel point le fossé est grand entre nos cours et les
pratiques de terrain..
Les fonctionnaires sont beaucoup plus méfiants que je ne le suis,
considérant tout demande de visa ou tout mariage entre un sénégalais et
un ressortissant français avec suspicion et distance. Ils ont sans doute
raison, j'ai pu d'ailleurs constater la fréquence des fraudes. Là où je
ne suis pas d'accord, c'est que c'est précisément pour les étrangers que
le danger est grand. Plutôt que de leur en vouloir d'avoir une vision
faussée de l'Europe, il convient davantage de leur expliquer que leur
fortune n'est pas obligatoirement faite dès lors qu'ils ont un pied sur
le sol du vieux continent. Les aides sociales sont plus nombreuses, la
corruption de nos agents est moindre, mais le travail est de rigueur
pour qui veut vivre à peu près décemment. Or ici, et en raison d'une
tradition de solidarité entre les membres d'une famille (au sens très
très large du terme), nombre d'hommes passent leur journée affalés sur
un trottoir, et assument avec nonchalance d'être entretenus par leurs
conjointes, leurs enfants, leurs oncles...
Les agents de l'Etat sont parfois durs, se laissent eux-mêmes absorber
par une vision faussée d'un peuple, alors qu'ils ne fréquentent qu'une
infime frange de ces membres... Tous ne cherchent pas à profiter des
droits qu'ouvrent la nationalité française, tous ne cherchent pas à les
tromper. Cette généralisation me parait hative et dangereuse... Bien
entendu je ne souffle mot, écoute les commentaires de certains, mais
campe résolument sur mes positions. Si je travaille un jour à l'OFPRA,
c'est bien pour attribuer une protection à des personnes dont la demande
est justifiée. Pour ceux que l'on déboute, on peut légitimement
s'interroger sur la signification de leurs motivations : s'ils désirent
quitter leur pays, c'est indubitablement qu'ils ressentent un malaise
réel, et que leur situation n'est pas idéale. Même s'ils ne remplissent
pas les critères d'admission au statut de réfugié ou ceux attachés à la
délivrance d'un visa, on ne peut leur en vouloir d'être dans un pays
impuissant à leur donner envie d'y rester. Quitter son pays d'origine,
sa famille, ses racines, ce n'est jamais de gaieté de coeur. Il n'y a de
plus grande douleur que de quitter sa patrie, disait Euripide...
Bon, sinon, et si j'ai bien compris, vous êtes en Normandie ? Sauf Papa
? Comment va tout le monde ? Quand a lieu la fricassée ? Est-ce que
Coline a pris des rides ? Ou mieux, de la graine (hihihihi) ?? Perrine
a-t-elle repris, enfin, ses cours ? Pierre a-t-il encore grandi ?
Donnez-moi des nouvelles !
Mille bises à tout le monde,
Caroline
L'ambassade a été restauré juste avant que je n'arrive, j'ai pu
récupérer des photos de cette noble dame avant et qu'elle ne soit parée
de cette horrible couleur saumonnée, dont le choix fut arrêté par notre
très cher ambassadeur. Il aurait sans doute mieux valu que sa femme s'en
mêle, mais bon... Quoique, sur les photos, la façade est plutôt jaune,
en réalité elle est bien moins lumineuse. Les autres photos donnent un
parçu de l'avancée des travaux, et du résultat. Comme vous pouvez le
constater, nous n'avons rien à envier à l'architecture sénégalaise..
Ce WE nous sommes partis voir ce fameux lac rose, je vous enverrai les
photos que mes petits camarades aux appareils numériques ont pris. Vous
constaterez par vous-même qu'il n'est pas vraiment rose, sa réputation
est largement due aux "kolos-kolos" (enquiquineurs professionnels en
wolof) en mal de touristes à se mettre sous la dent. Ue traversée en
pirogue nous a permis de profiter des explications loufoques d'un guide
: selon lui, la couleur particulière du lac a une origine mystique, que
tous les scientifiques du monde se révèlent impuissants à expliquer, car
il s'agit d'un don du ciel... En réalité, elle est simplement due aux
espèces d'algues qui habitents ses fonds depuis la fin des années 70. Il
arrive parfois que l'eau soit vraiment très rose, mais cet événement
insolite est conditionné à des conditions météorologiques strictes (ciel
parfaitement bleu, un peu de vent mais pas trop, etc.). Sa densité
saline est telle qu'il est impossible de s'y baigner plus de 15 minutes.
Les personnes qui extraient l'or blanc du lac afin de le vendre
s'enduisent de beurre de karité pour protéger leur peau. Le lac est
séparé de l'océan par des dunes de sable donnant un bon aperçu des
paysages désertiques que nous allons traverser cette prochaine fin de
semaine, et qui se situe bien plus au nord de Dakar. Un VI, François, a
déjà sillonné un pan du désert mauritanien, et tant ses photos que sa
narration du périple sont enthousiasmants.
Mon tour des postes consulaires s'est achevé hier, et j'en ai profité
pour aviser le consul adjoint de mon désir d'effectuer une mission
auprès du service des visas. Une personne travaille sur le traitement du
droit au regroupement familial des étrangers auxquels l'Etat français a
reconnu la qualité de réfugié. Il me serait demandé d’assister à la
réception des membres des familles de réfugiés les mardi et jeudi
matins, puis de contribuer au traitement de leur dossier sous la
responsabilité du chef de service.
Cette possibilité représente pour moi l’opportunité de m’immerger dans
le droit des réfugiés, et plus largement dans la politique d’immigration
telle qu’elle est actuellement menée par l’Hexagone. Mieux saisir le
droit des étrangers, la façon dont il est effectivement appliqué et ses
conséquences directes constituent un travail qui m’intéresse au plus au
point, et qui peut également s’avérer être source cruciale de réflexions
pour approcher le concours de l'OFPRA de manière plus avertie. D'autant
que nos interlocuteurs directs sont les officiers de l'OFPRA et parfois
le ministère de l'Intérieur (à propos des fraudes).
Le consul adjoint (mon référent jusqu'au retour de la Consule, en congé
jusqu'à la fin de la semaine) s'est montré favorable à cette initative,
parce qu'il est supposé plancher sur une réforme globale des mesures
communautaires à adopter pour optimiser l'harmonisation des législations
des Etats membres (et en particulier celle des Etats Schengen). J'ai pu
commencer ce matin à traiter des dossiers au service des visas, et cet
après-midi j'ai rendez-vous avec lui pour récupérer un dossier
"confidentiel" (on m'a informé de mon obligation de réserve avec toutes
les formes d'usage, c'était très pompeux). Bref je suis ravie, même si
je réalise à quel point le fossé est grand entre nos cours et les
pratiques de terrain..
Les fonctionnaires sont beaucoup plus méfiants que je ne le suis,
considérant tout demande de visa ou tout mariage entre un sénégalais et
un ressortissant français avec suspicion et distance. Ils ont sans doute
raison, j'ai pu d'ailleurs constater la fréquence des fraudes. Là où je
ne suis pas d'accord, c'est que c'est précisément pour les étrangers que
le danger est grand. Plutôt que de leur en vouloir d'avoir une vision
faussée de l'Europe, il convient davantage de leur expliquer que leur
fortune n'est pas obligatoirement faite dès lors qu'ils ont un pied sur
le sol du vieux continent. Les aides sociales sont plus nombreuses, la
corruption de nos agents est moindre, mais le travail est de rigueur
pour qui veut vivre à peu près décemment. Or ici, et en raison d'une
tradition de solidarité entre les membres d'une famille (au sens très
très large du terme), nombre d'hommes passent leur journée affalés sur
un trottoir, et assument avec nonchalance d'être entretenus par leurs
conjointes, leurs enfants, leurs oncles...
Les agents de l'Etat sont parfois durs, se laissent eux-mêmes absorber
par une vision faussée d'un peuple, alors qu'ils ne fréquentent qu'une
infime frange de ces membres... Tous ne cherchent pas à profiter des
droits qu'ouvrent la nationalité française, tous ne cherchent pas à les
tromper. Cette généralisation me parait hative et dangereuse... Bien
entendu je ne souffle mot, écoute les commentaires de certains, mais
campe résolument sur mes positions. Si je travaille un jour à l'OFPRA,
c'est bien pour attribuer une protection à des personnes dont la demande
est justifiée. Pour ceux que l'on déboute, on peut légitimement
s'interroger sur la signification de leurs motivations : s'ils désirent
quitter leur pays, c'est indubitablement qu'ils ressentent un malaise
réel, et que leur situation n'est pas idéale. Même s'ils ne remplissent
pas les critères d'admission au statut de réfugié ou ceux attachés à la
délivrance d'un visa, on ne peut leur en vouloir d'être dans un pays
impuissant à leur donner envie d'y rester. Quitter son pays d'origine,
sa famille, ses racines, ce n'est jamais de gaieté de coeur. Il n'y a de
plus grande douleur que de quitter sa patrie, disait Euripide...
Bon, sinon, et si j'ai bien compris, vous êtes en Normandie ? Sauf Papa
? Comment va tout le monde ? Quand a lieu la fricassée ? Est-ce que
Coline a pris des rides ? Ou mieux, de la graine (hihihihi) ?? Perrine
a-t-elle repris, enfin, ses cours ? Pierre a-t-il encore grandi ?
Donnez-moi des nouvelles !
Mille bises à tout le monde,
Caroline
Publicité